Entreprise Les cadres, prolétaires 2.0 ?

08:36  14 novembre  2017
08:36  14 novembre  2017 Source:   La Tribune

Fuite des open spaces : les cadres, spécimens interchangeables pour les RH

  Fuite des open spaces : les cadres, spécimens interchangeables pour les RH [DOSSIER] S’il reste marginal, il est plus fort que jamais. Le phénomène d’abandon des « bullshit jobs » avant une reconversion radicale touche de plus en plus de personnes, en quête de regain de sens. Les entreprises semblent pourtant loin de s’en inquiéter. Dans un contexte de fort chômage, « un salarié de perdu, c’est dix de retrouvés ». « Je n'ai jamais vu autant de cas de burn-out qu'aujourd'hui », confesse Marie-Paule Istria, consultante management et développement des ressources humaines. Bore-out, forte pression, les causes qui font que les cadres quittent leur poste et se reconvertissent sont multiples.

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[ DOSSIER 4/4 ] La pyramide sociale des professions est-elle en train de s’inverser ? En transgressant les habituels parcours, les diplômés du supérieur offriraient une revalorisation de certaines professions. En parallèle, les fonctions quittées (support, open space, télémarketing etc.) seraient victimes d’une image dégradée.

En fuyant un open space pour créer sa startup, se lancer dans un commerce de proximité ou encore proposer ses services d'aide à la personne, les anciens cadres reconvertis quittent tout un univers pour en rejoindre un autre. Souvent surdiplômés pour leurs nouvelles missions, ils ne se contenteraient pas tout bonnement de les mener ; ils les font monter en gamme.

Lassés de leur « bullshit jobs », les cadres désertent les open spaces

  Lassés de leur « bullshit jobs », les cadres désertent les open spaces [ DOSSIER ] Ils ont fait HEC, Sciences Po et autres Essec. Ils ont travaillé pour une multinationale ou une entreprise du CAC 40. Et pourtant, ils ont tout quitté pour redonner du sens à leur quotidien. Adieu salaire confortable et poste stable, bonjour épanouissement professionnel, relationnel et actes concrets. Zoom sur le phénomène grandissant des cadres qui désertent les open spaces pour se reconvertir dans un domaine radicalement différent. Un facteur ex-chargé de communication, un boulanger qui a fui une tour de La Défense ou une décoratrice d'intérieur qui a abandonné le télémarketing.

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« Les prolétaires de l'ère industrielle n'avaient que leurs bras pour survivre, les diplômés de l'enseignement supérieur n'ont que leur cerveau. (...) Ce malaise des diplômés du supérieur porte un nom : le déclassement social », explique Jean-Laurent Cassely. © Fournis par La Tribune « Les prolétaires de l'ère industrielle n'avaient que leurs bras pour survivre, les diplômés de l'enseignement supérieur n'ont que leur cerveau. (...) Ce malaise des diplômés du supérieur porte un nom : le déclassement social », explique Jean-Laurent Cassely.

Dans son ouvrage, Jean-Laurent Cassely fait l'hypothèse suivante :

« Et si, en changeant de métier, de cadre de travail et d'aspirations, ce groupe était, au contraire, en train de reclasser, voire de surclasser, des secteurs dévalorisés ? »

Le bagage acquis lors de précédentes expériences est sans nul doute utilisé. Philippe Caumont, ingénieur, ancien commercial, est aujourd'hui à la tête d'une startup qui met en lien les agriculteurs et les consommateurs, en témoigne : « L'expérience passée est primordiale, elle m'a appris énormément de choses, et si, aujourd'hui, mon quotidien est différent, il y a toujours des facettes que je retrouve : le pilotage d'activité, l'animation d'équipe, le travail sur Excel... » Ce qu'explique Jean-Laurent Cassely, dans son ouvrage :

Castorama : la délocalisation de services menace des centaines d'emplois

  Castorama : la délocalisation de services menace des centaines d'emplois Le regroupement à Cracovie, en Pologne, des activités comptabilité et contrôle de gestion des filiales du groupe britannique Kingfisher, propriétaire de Castorama et Brico Dépôt, va entraîner un plan de sauvegarde de l'emploi à l'horizon 2018, ont fait savoir les syndicats FO et CGT. Des centaines d'emplois sont menacés chez Castorama et Brico Dépôt, des enseignes du groupe britannique Kingfisher, a déclaré lundi la Fédération des employés et cadres de Force ouvrière (FO).

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« C'est justement en transposant les expertises et les manières de penser propres à cet environnement qu'ils fuient, qu'ils créent de la valeur et de la différenciation lorsqu'ils prennent en main leurs nouveaux métiers. Qu'ils enfilent leur tablier ou se mettent derrière les fourneaux, la capacité de recul critique, de conceptualisation et de réflexion stratégique qui distingue les manipulateurs d'abstractions ne les quitte jamais tout à fait. »

Ces reconvertis particuliers, avec une expérience et un recul, proposent, de fait, une offre premium de leurs produits ou de leurs services.

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Le déclassement social des diplômés du supérieur

Parallèlement, avec cette revalorisation des fonctions considérées par l'opinion publique comme plus « populaires », les métiers ayant tendance à être associés à la catégorie socio-professionnelle CSP+ connaissent, eux, une chute de popularité. « Nous avons connu une période où, les métiers manuels étaient dévalorisés. Les gens s'orientaient vers des études supérieures sans pour autant comprendre le sens de leur choix », commente Paul Candiard, ex-chargé de communication devenu facteur. « Mais il faut se souvenir que ce n'est pas parce que l'on peut, que l'on doit. »

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intérieur d'une ruche à cadres mobiles.

Dans son ouvrage, Jean-Laurent Cassely pousse la réflexion plus loin encore :

« En parallèle de la dégradation des tâches, le statut social, sur lequel une formation d'élite est censée déboucher, a eu tendance à perdre progressivement de son aura. » Et d'ajouter : « Les prolétaires de l'ère industrielle n'avaient que leurs bras pour survivre, les diplômés de l'enseignement supérieur n'ont que leur cerveau. (...) Ce malaise des diplômés du supérieur porte un nom : le déclassement social. »

Le sociologue Rémy Oudghiri confirme l'augmentation du sentiment de ce déclassement social ces dernières années en France. « Cette peur touche l'ensemble des milieux sociaux. Les plus jeunes sont plus pragmatiques : ils ont intégré l'idée que la carrière au sens traditionnel n'existe plus. (...) La révolte des premiers de la classe est favorisée par cette idée que, de toute façon, il n'y a plus rien à attendre d'une vie dictée par la carrière : rien n'est jamais sûr. Donc, pourquoi ne pas tenter autre chose. » C'est dit.

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